Louer en courte durée à La Réunion : ce que dit vraiment la réglementation locale
Louer en courte durée à La Réunion : ce que dit vraiment la réglementation locale
Vous possédez une villa à Saint-Gilles, un studio à Saint-Pierre ou une case créole dans les Hauts, et l'idée de la mettre sur Airbnb ou Booking vous trotte dans la tête ? Avant de publier la moindre annonce, une bonne nouvelle et une mise en garde. La bonne nouvelle : la location de courte durée reste tout à fait possible à La Réunion. La mise en garde : il n'existe pas « une » règle réunionnaise unique, mais un socle national, appliqué commune par commune. C'est précisément ce qui piège de nombreux propriétaires.
Le principe : un cadre national, des décisions communales
La location d'un meublé de tourisme est encadrée par le Code du tourisme et par le Code de la construction et de l'habitation. Ces textes valent à La Réunion comme en métropole. Mais une partie des obligations dépend de ce que votre commune a décidé, et c'est votre mairie qui fait foi.
Un meublé de tourisme, au sens de la loi, est un logement meublé dont le client a l'usage exclusif, loué pour une courte durée à une clientèle de passage qui n'y élit pas domicile. Un même client ne peut pas y séjourner plus de 90 jours consécutifs par année civile. Le logement doit aussi comporter un minimum d'équipements : literie, plaques de cuisson, réfrigérateur, vaisselle, table, sièges, luminaires, matériel d'entretien, etc.
Première étape : déclarer votre meublé en mairie
C'est l'obligation de base, et elle prend deux formes selon la commune :
- La déclaration simple, par formulaire Cerfa n° 14004, dans la plupart des communes.
- La déclaration avec enregistrement, dans les communes qui l'ont mise en place : la mairie vous remet alors un numéro d'enregistrement à 13 caractères, à faire figurer sur chacune de vos annonces.
À La Réunion, plusieurs communautés intercommunales proposent d'ailleurs une télédéclaration en ligne via la plateforme DéclaLoc, qui délivre immédiatement un récépissé ou un numéro de déclaration. Les pages officielles de la Communauté Intercommunale Réunion Est illustrent bien la diversité du terrain : selon la commune concernée, il s'agit d'un simple dépôt de Cerfa, d'une télédéclaration avec numéro, ou d'une procédure qui inclut une demande de changement d'usage.
Le point d'actualité à connaître : l'outil national d'enregistrement des meublés de tourisme, initialement annoncé pour le 20 mai 2026, a été repoussé au dernier trimestre 2026, sans adresse encore communiquée. D'ici là, c'est bien à votre mairie (ou au téléservice de votre intercommunalité) qu'il faut s'adresser. Conservez la preuve de votre déclaration : elle vous servira au moment de la bascule.
Le risque en cas d'oubli dépend de la procédure applicable. Selon les fiches officielles de Service-Public, ne pas faire une déclaration simple est passible d'une contravention pouvant aller jusqu'à 450 €, tandis que l'absence de déclaration avec enregistrement expose à une amende civile pouvant atteindre 5 000 €.
Le changement d'usage : la démarche que l'on confond avec la déclaration
C'est l'un des sujets les plus mal compris. Le numéro d'enregistrement atteste que votre logement a été déclaré. Il ne vaut pas autorisation de transformer un logement d'habitation en meublé de tourisme.
Dans certaines communes, louer régulièrement un logement en courte durée à une clientèle de passage constitue un « changement d'usage », qui nécessite une autorisation préalable de la mairie. Cette obligation s'applique de plein droit dans les très grandes villes, et ailleurs seulement si la commune (ou l'intercommunalité compétente en matière d'urbanisme) a délibéré pour l'instaurer. Elle concerne les logements qui ne sont pas votre résidence principale.
Selon la commune, l'autorisation peut être définitive, définitive avec compensation, ou temporaire (moins de 5 ans, non renouvelable automatiquement). Les conditions sont fixées par délibération locale. Louer sans l'autorisation exigée est puni d'une amende pouvant aller jusqu'à 100 000 €, avec possibilité d'un retour du logement à son état initial et d'une astreinte de 1 000 € par jour et par m².
Le réflexe : appeler le service urbanisme de votre mairie et poser la question par écrit, « mon bien nécessite-t-il une autorisation de changement d'usage ? ».
Résidence principale ou secondaire : deux régimes différents
Si vous louez votre résidence principale (logement occupé au moins 8 mois par an), la règle est plus souple, mais plafonnée. Dans une commune imposant l'enregistrement, vous ne pouvez pas la mettre en location plus d'un certain nombre de jours par an, fixé entre 90 et 120 jours selon la commune, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou force majeure. Le dépassement expose à une amende civile pouvant aller jusqu'à 10 000 €. La mairie peut vous demander le décompte de vos nuitées jusqu'au 31 décembre de l'année suivante, et les plateformes doivent désactiver l'annonce une fois le plafond atteint.
Si vous louez une résidence secondaire ou un bien d'investissement, il n'y a pas de plafond annuel de nuitées au titre de cette règle, mais la question du changement d'usage se pose, ainsi que celle du DPE (voir plus bas).
Vos annonces doivent afficher les bonnes mentions
Dès lors qu'un numéro d'enregistrement vous a été attribué, chaque annonce doit indiquer ce numéro, y compris sur les plateformes, ainsi que la mention « annonce d'un particulier » ou « annonce d'un professionnel ». Les plateformes doivent vous informer de vos obligations, vous demander une attestation sur l'honneur avant publication, et déconnecter les annonces dépourvues de numéro lorsqu'il est exigé.
Avant de louer : trois vérifications qui évitent les mauvaises surprises
- Le règlement de copropriété. Pour un règlement établi avant le 21 novembre 2024, une clause d'« habitation exclusivement bourgeoise » interdit en principe toute activité professionnelle, donc le meublé de tourisme. Pour un règlement postérieur, il doit préciser si les meublés de tourisme sont autorisés ou non.
- Votre statut d'occupation. Un locataire du secteur privé doit obtenir l'accord écrit de son propriétaire avant de sous-louer. La mise en location d'un logement social comme meublé de tourisme est interdite.
- Votre assurance. Vérifiez que votre contrat couvre bien la location saisonnière.
Les obligations à chaque séjour
- La taxe de séjour. Lorsque la commune ou l'intercommunalité l'applique, vous la collectez et la reversez, sauf si vous passez par une plateforme qui la collecte pour vous (cas des grandes plateformes pour les loueurs non professionnels). Un meublé non classé peut se voir appliquer un montant majoré par rapport à un meublé classé. À La Réunion, plusieurs intercommunalités disposent de leur propre plateforme de télédéclaration.
- La fiche de police pour tout client de nationalité étrangère, à conserver 6 mois et à transmettre à la police ou à la gendarmerie sur demande.
- Un détecteur de fumée normalisé au minimum dans le logement.
- Le SIRET. Vous devez vous inscrire au répertoire Sirène de l'Insee via le Guichet des formalités des entreprises, et déclarer vos revenus locatifs.
Le classement en étoiles : facultatif, mais pas anodin
Le classement de 1 à 5 étoiles est volontaire, payant, et valable 5 ans. Au-delà de l'argument commercial, il ouvre droit, sous conditions, à un abattement forfaitaire plus favorable en régime micro-entreprise, et évite la majoration de taxe de séjour applicable aux meublés non classés. Comparez avec votre comptable avant de décider : l'intérêt dépend du niveau de vos recettes.
Anticiper : le DPE arrive aussi pour les meublés de tourisme
À partir de 2034, un DPE classé de A à E sera exigé dans les DROM, dont La Réunion (contre A à D en métropole). D'ici là, la commune pourra aussi demander le DPE d'un meublé de tourisme déjà en activité. Un point à intégrer dès maintenant si vous achetez pour louer.
Notre checklist avant de publier votre annonce
- Appelez votre mairie et demandez : déclaration simple ou avec enregistrement ? Changement d'usage exigé ?
- Vérifiez votre règlement de copropriété, ou l'accord de votre propriétaire si vous êtes locataire.
- Déclarez votre meublé (Cerfa ou télédéclaration) et conservez le récépissé.
- Obtenez votre SIRET.
- Si vous louez votre résidence principale, notez chaque nuitée louée pour pouvoir justifier du décompte.
- Renseignez le numéro d'enregistrement et la mention particulier/professionnel sur chaque annonce.
- Vérifiez votre contrat d'assurance.
- Surveillez l'ouverture du téléservice national d'enregistrement prévu au dernier trimestre 2026.
En résumé
À La Réunion, louer en courte durée est légal, mais rarement aussi simple que « créer une annonce ». Le cadre est national, les règles d'application sont locales, et les sanctions peuvent monter très haut, jusqu'à 100 000 € pour un changement d'usage non autorisé. La bonne méthode tient en une phrase : avant d'acheter comme avant de publier, posez à votre mairie les trois questions clés (déclaration, enregistrement, changement d'usage) et gardez la réponse par écrit. La réglementation évolue vite, et un rappel auprès de la mairie ou de l'ADIL de La Réunion avant de vous lancer reste la meilleure assurance.
